Oubli en cascade : comment j’ai perdu mon sac, mes clés ET ma logique en une soirée

Pub à 100 mètres. Soirée arrosée. Sac oublié.
En arrivant chez moi, raisonnement digne des plus grands esprits : « Pas de clés = pas de maison ».
Résultat : une nuit sur un canapé et 28 jours d’ascenseur émotionnel aux objets trouvés.
Le raisonnement tordu du siècle
Tout commence dans ce pub ami, à peine à 100 mètres de chez moi.
Les verres s’enchaînent. La lucidité décroît.
Je pars. Légère. Trop légère.
Arrivée devant ma porte, le drame se joue en trois temps :
- Prise de conscience :
« Mes clés ? » - Analyse fulgurante :
« Pas de clés = pas de porte = pas de maison. » - Décision stratégique :
« Canapé d’urgence. »
Ce que mon cerveau a soigneusement évité, avec une constance admirable :
👉 « Mon sac = mes clés = sac resté au pub = faire 100 mètres. »
Trop logique.
Pas assez cohérent avec mon état.
28 jours d’espoir, version montagnes russes
Le lendemain commence l’opération récupération.
J’appelle le pub.
Pas de sac.
J’appelle le commissariat, La Poste et tout établissement où quelqu’un pourrait déposer.. Un sac perdu.
Rien.
J’appelle les objets trouvés.
Rien.
Pourtant j’y crois. Je bloque la carte bleue et met tout le reste en stand by.
Puis : l’opération espoir-déception, en boucle se met en marche
Tous les deux ou trois jours, le même rituel : « Bonjour, les objets trouvés ? »
— « C’est encore moi pour le sac… »
À chaque appel :
- une micro montée d’adrénaline
- une projection optimiste (“Cette fois c’est sûr”)
- puis la réponse :
— « Désolée madame, toujours rien. »
Et là, la chute.
Petite. Mais répétée.
Assez pour te rappeler que tu aurais pu…
👉 marcher 100 mètres.
J+28 : l’appel de la dernière chance
Jour 28.
Ultimatum intérieur.
« C’est le dernier appel. Après, je refais tout. Papiers. Cartes. Vie administrative entière. »
J’appelle.
Silence.
Puis :
— « Ah si ! Nous avons votre sac. »
Ils ont mon sac ! À ce moment là il y a comme une lumière sur moi accompagné d’une air de musique classique. Miracle !
Première chose en sortant du boulot, les objets trouvés. La pression monte tout au long de la journée… Est ce que tout est dedans…?
L’inventaire le plus intime de ma vie
Aux objets trouvés, quand on te rend un sac, ils doivent tout lister.
Mais vraiment tout.
— Portefeuille : présent.
— Clés : présentes.
— Tickets de train.
— Billets d’avion.
— Tickets de concerts.
— Mots griffonnés.
— Photos.
— Souvenirs accumulés depuis dix ans.
Je tente, gênée :
— « Vous n’êtes pas obligée de tout lire… »
— « Si si, madame. »
Ok.
Très bien.
Revivons ma vie ensemble.
Bref, tout est là!
C’est ce mois-là que j’ai acheté le portefeuille que j’ai encore aujourd’hui.
Plus sobre.
Moins chargé.
Un peu comme moi, après.
Conclusion non officielle
J’ai récupéré mon sac.
Ma dignité ? Partiellement.
Mais j’ai gagné une certitude :
on peut perdre beaucoup de choses en une soirée,
et quand même les retrouver…
à condition d’accepter d’attendre, d’espérer,
et de répondre « oui » quand quelqu’un lit toute ta vie à voix haute.
Adeline, celle qui a appris qu’on peut perdre un sac sans perdre tout à fait la face.
🏷️ Hiver 2012
https://www.facebook.com/bluewhalesnice là mais avant que ce soit tout beau, tout neuf.
